Jul.27, 2010
Starboard Silent Side
Curieusement en dernière partie de soirée (gageons que Phoebe Killdeer ne se sentait pas de clôturer si tardivement ce festival et préférait laisser ce soin à un groupe plus "connu" dans ce lieu), voici les Starboard Silent Side, que l’on taggera de SSS sans qu’ils nous en veuillent.
Quatuor qui m’épatera toujours par sa simplicité et l’esthétisme d’ensemble qui se dégage de ce groupe et de ses quatre membres, quelque chose d’inexplicable. Comment arriver à vous le définir autrement, simplement ? Ils sont beaux. Je ne trouve rien d’autre.
Les voilà donc tous les quatre (exit ce soir Buni, le violoniste "intérimaire" et "voyageur", performeur sur l ‘album et sur de nombreuses dates). Mij, leader suédois au chant et guitare, accroche immédiatement, dès le premier morceau, par cette voix et cette interprétation si particulière. C’est captivant, envoûtant.
Stouf, guitariste français et faussement débonnaire, tire sur sa guitare des sons plus électriques, qui viennent compléter agréablement les sonorités d’ensemble plus mélodieuses de SSS. Stouf cherche à s’échapper, à faire décoller le set à de nombreuses reprises, tournant sur lui-même, bondissant parfois, là se jetant à terre sans crier gare. Stouf semble vivre pleinement sa musique comme Mij semble, lui, vivre pleinement ses textes et son interprétation.
Nico, bassiste flegmatique, ne se dépare pas de son attitude plus intériorisée. Il dessine les ondes de cette musique de sa ligne de basse tout en délicatesse. A noter la merveilleuse interprétation du batteur, Thibaud. Rarement on s’attarde sur le jeu des batteurs. Ca a pourtant été mon cas à plusieurs reprises, subjugué par les rythmes délivrés par ce batteur ultra-discret. Un jeu tout en maîtrise et délicatesse. Superbe, mais malheureusement un peu perdu en fond de scène. (Ô staff du Mistraal Indie Festival, merci de mettre plus en scène les batteurs de votre programmation).
Malheureusement, le set aura du mal à décoller. Ce groupe qui dispense pourtant une musique qui sent bon le large, les horizons, les landes et mers d’ailleurs, est trop dispersé sur cette scène. Leur musique est difficilement canalisée dans ce lieu trop grand, trop ample, trop balayé par les vents. D’autant que la petite troupe humoristique citée précédemment et maintenant largement majoritaire dans le public désormais clairsemé compte tenu des conditions météo et de l’heure tardive, n’en a visiblement pas fini avec sa cargaison de vannes à deux balles ("qu’est-ce qu’il a dit ? C’est du suédois, j’comprends pô").
La puissance de Phoebe Killdeer et de ses Straws, poussée par les éléments et le site, a marqué mon esprit, et a un peu écrasé de son poids la musique plus confidentielle du quatuor, pour lequel finalement j’aurais paradoxalement préféré un peu plus de confinement, plus de concentration. Sans ternir la volonté et l’honnêteté du quatuor, la sauce a du mal à prendre en ce qui me concerne, et je reste un peu sur ma faim.
Et j’ai déjà hâte de les retrouver, eux et leur superbe musique, sur scène.
Samedi
Contrairement à la veille, on arrive à temps pour la dégustation de vin offerte en début de chaque journée du festival. Le bouche à oreille (repris par Erevan Tusk hier sur scène) avait raison : le rosé est excellent. Quant à la pression, elle est artisanale, et appréciée des festivaliers. Musicalement, la soirée est entamée par Dawn, quintette pop-rock qui se fait remarquer par la qualité des compositions, la présence d’un violoncelle et une voix féminine très belle, surtout dans les moments les plus calmes. Le groupe peut aussi surprendre en reprenant "My heart belongs to daddy" de Cole Porter - et rendue célèbre par Marylin Monroe - avec une touche hispanisante, la chanteuse Aurore faisant à l’occasion apprécier ses qualités de danseuse. Le trio 49 Swimming Pools nous charme une fois de plus par ses pop-songs à l’ancienne, conservée dans les meilleurs fûts. Le set est composé pour moitié de titres d’un album à paraître, qui se situent (au moins) à la hauteur de celles du premier et superbe opus "Triumphs and disasters, rewards and fairytales". Pas de doute : Emmanuel Tellier n’a jamais été aussi inspiré, même au temps de Chelsea. Quant à la prestation du groupe ce soir, elle est à nouveau impeccable. Si la veille Jungle Fever avait fait beaucoup de mal à l’image de la scène locale, les avignonnais Pony Taylor réussirent l’exploit d’effacer totalement cette impression. Le quintette pratique une pop sixties et psyché, relevée par un superbe orgue Hammond, avec beaucoup d’énergie. Une révélation de plus lors de ce festival. L’Australienne Phoebe Killdeer est la tête d’affiche de la soirée. Connue pour sa participation à Nouvelle Vague, elle présente un autre visage avec ses Short Straws : la musique est rock et bluesy, on pense parfois à PJ Harvey - pompage flagrant quand sur un titre les projecteurs s’éteignent et la lumière est uniquement assurée par une lampe qu’elle porte, exactement comme la chanteuse du Dorset pendant "Working for the man" sur la tournée "To bring you my love" il y a quinze ans. Malheureusement les compositions ne sont pas au niveau de celles de PJ, et Phoebe Killdeer agace à la longue en en faisant trop, donnant l’impression d’une diva rock. Cette sensation est cependant contrebalancée par la qualité des musiciens qui l’entourent - auxquels s’ajoute dès la moitié du set le saxophoniste Quentin Rollet (ex-Prohibition, cofondateur du label Rectangle). Pour clore cette première édition du festival, Starboard Silent Side propose ses ballades folk parsemées de montées de tension lyriques à la manière de Radiohead ou d’Arcade Fire. Mij, le chanteur scandinave, se lâche de plus en plus au cours du set, et complètement sur le dernier titre joué, une reprise de "From her to eternity" de Nick Cave, qu’il finit étendu sur la scène.
Pour être complet, il faudrait aussi mentionner les excellents DJ qui ont assuré les transitions entre les concerts. Première édition réussie donc pour ce nouveau festival, auquel on souhaite qu’il devienne un rendez-vous régulier chaque été.
par
Jul.13, 2010
Starboard Silent Side, est un groupe que je suis très activement depuis le mois d’octobre, mes maîtres de stages de chez concertlive.fr s’en rappelleront longtemps d’ailleurs je pense, je me suis un peu battu pour eux et pour pouvoir faire ma chronique « Artiste à découvrir« … On leur reprochait de ne pas être glamour…en même temps qu’importe, ils font de la bonne, voire très bonne musique, et pour le coup c’est seulement ce qui compte. OK, la voix de Jim peut paraître un peu plaintive par moment, je dirais moi qu’elle est juste portée par tout pleins d’émotions : c’est mélancolique, beau mais pas mielleux, c’est triste mais pas déprimant non plus. C’est du folk, et c’est bercé par de l’americana. En gros, c’est tout les éléments qu’il faut pour me plaire.
Starboard Silent Side était à la Flèche d’Or pour un de leur trop rare concert. Avec sur l’affiche du concert programmé le même soir The Bokononists et Starboard Silent Side, il était un peu hors de question de rater cette évènement. Starboard passait en dernier ce soir-là. Après un généralissime set de Johnny Borrell et de son nouveau groupe difficile de passer derrière. Les garçons de Starboard l’ont fait et s’en sont plutôt très bien sortis. Certes ce n’est pas du grand set punk-rock dégoulinant de sueur et de riffs de guitares bien énervées. Non. Starboard Silent Side c’est des titres qui transportent, qui font voyager, qui peuvent par moment arracher une larme. C’est un peu le calme après la tempête… Le silence après que les éléments se soient déchaînées. J’aurais voulu peut-être que Starboard se déchainent un plus, malheureusement il a fallu attendre le tout dernier titre pour que les garçons se lâchent définitivement. On leur pardonne, leur musique reste tout de même somptueuse. Et je continuerais encore à les suivre.
May.03, 2010
MR. AMEFORGEE le 3 Mai 2010

On a d’abord du mal à retenir leur nom. Traduit littéralement, on se heurte à un « côté silencieux de la planche des étoiles » qui ne veut pas dire grand chose. Les anagrammes possibles, « sad lesbian distorter » ou encore « nobler dead satirists » sont autant de fausses pistes destinées à embrouiller les occultistes érotomanes et les herméneutes adeptes d’Onan. Traduit avec davantage de précision, il nous faut invoquer des notions de nautique en plus de polyglottisme tarboard Silent Side, ce serait en fait un certain « tribord silencieux » qui, sans se départir de son aura de mystère, nous oriente quelque peu : il sera question de voyage en mer, de voyage au long cours, d’aventure… Mais pas tant dans les textes que dans l’atmosphère de la musique elle-même, tout comme l’amitié évoquée dans le titre renvoie davantage au lien qui unit les membres du groupe qu’aux thèmes abordés.
On se rend déjà compte avec ce petit prélude sémantique que Starboard Silent Side a quelque chose d’insaisissable et entend résister aux tentatives de description. Qu’on ajoute ensuite que le groupe, franco-hollandais, avec des textes écrits en anglais, chantés parfois avec un accent irlandais, a enregistré son disque dans le Vermont et a mixé le tout au Canada, et l’on aura de quoi perdre définitivement la boussole. Pourtant, Because Our Friendship Was Meant to Sail est l’un des albums les plus emballants qu’il nous a été donné d’écouter depuis des lustres.
Si l’on doit réduire de manière tout à fait imparfaite et injuste la musique du groupe, on dira que ça fait penser à du Radiohead qui aurait soudain décidé de jouer du folk-rock. La tonalité principale demeure une certaine mélancolie délicate, logée dans la voix plaintive et mesurée du chanteur et le toucher feutré de la batterie, mais les arrangements électroniques expérimentaux sont remplacés par des instruments acoustiques, guitare, mandoline, violon (indispensable), qui fleurent bon les routes de campagne et les embruns de l’océan tout proche. Les morceaux empruntent divers éléments à l’americana et à la musique celtique, qui un rythme entraînant, qui un harmonica songeur, qui des violonnades champêtres, mais ne s’y réduisent jamais, un peu comme on y irait piocher divers pièces de vêtements pour se constituer un costume original. La sensibilité du groupe, c’est vraisemblablement le rock et la pop anglo-saxonne, et l’habillage folk sert avant tout à inspirer le souffle d’errance qui porte la musique. La mélancolie d’ailleurs n’induit nulle langueur monotone, mais laisse percer par moments une forme d’élan épique tout à fait réjouissant. Certes, l’adjectif « épique » peut sembler rebutant : on l’utilise de nos jours pour désigner des productions à gros sabots qui narrent des histoires de chevalerie en carton pâte, mais il n’est pas question de lourdeur ici. Tout est suggéré et délicat. Et c’est ce qui rend l’album si enthousiasmant.
Peu importe le sujet s’il y a du style, soutenait Nabokov. Les thèmes abordés dans les chansons ont été maintes fois éprouvés, mais la qualité d’écriture et la force des formules sont tout à fait remarquables. La question de l’amour est traitée à plusieurs reprises, sous différents angles : présentée comme une force aliénante dans « You Need Verses My Galak Sea », il est ce plaisir des instants qu’on souhaiterait éternels dans « In A Den ». Le morceau, enjoué, est d’ailleurs génialement paradoxal : joué en walking bass et conclu par une impro instrumentale échevelée, il s’agit du plus bref et du plus rapide de l’album : le bonheur éternel a une durée très limitée… C’est peut-être le même narrateur qu’on retrouve dans « Four Letter Word », qui se promène désormais dans la peau un peu ridicule du romantique esseulé, sur le quai de quelque port, sous les accords du violon qui imbibe l’atmosphère de ses accents d’alcool triste ; l’amour y est de nouveau aliénant : « polysémiquement ambivalent » (la redondance n’est pas fortuite, bien sûr). Dans « Light the Choir », guitares électrifiées pour l’occasion, c’est la gourmandise du désir sexuel qui nous explose en bouche ; ah ! cette coda héroïque !
Deux morceaux adoptent une approche différente, sous forme de récit : « Runaway Clay » prend des allures de western crépusculaire, avec l’harmonica de rigueur, course poursuite d’un assassin recherché par tout un pays, joué avec lenteur, presque en apesanteur, dans une dynamique de crescendo qui monte jusqu’à la colère et cette fameuse conclusion : « la rumeur dit qu’il court toujours »… Et « Dwayne », chronique sociale à la Zola, nous raconte la vie et la déchéance du personnage susnommé, titre sur lequel plane l’ombre de Led Zeppelin, dans certains ornements de guitare comme dans son souffle ambitieux.
Il nous faudrait sans doute mentionner « Alabaster », le plus radioheadien des morceaux et « Wrong Folded Map » en forme de chute tourbillonnante, où il est encore question d’amour, de distance et d’incompréhension. Et ainsi nous aurions à peu près terminé ce passionnant tour d’horizon.
Le premier album de Starboard Silent Side est une révélation et mérite son lot de louanges ; autant de bons morceaux, c’est rare dans la production actuelle. S’il y avait une critique – qui n’en est pas tout à fait une – à formuler, ce serait peut-être de déplorer qu’on ne retrouve pas sur l’album toute l’intensité que le groupe est capable de déployer en concert : Mij, le chanteur s’y montre moins démonstratif, donne moins de la voix, chose qu’on aimerait pourtant plus fréquente sur disque, malgré certains instants clés, comme à la fin de « Runaway Clay » ou de « Dwayne ». Pour leur défense, on dira sans doute qu’on gagne en subtilité et en maîtrise ce qu’on perd en énergie brute. Peut-être que le groupe saura imprimer un peu plus de mordant rock dans son prochain album !
Avec un sens de la composition et de l’écriture déjà bien affirmé, et une marge de progression certaine, Starboard Silent Side est sans conteste un groupe à suivre, que l’on se trouve à bâbord ou à tribord, ou bien qu’on préfère la terre ferme et le plancher des vaches. Alors c’est parti, moussaillons, fermez les yeux, tendez les oreilles et déployez vos plumes, on lève l’encre !
http://fp.nightfall.fr/index.php?idchoix=2509
Apr.25, 2010
| STARBOARD SILENT SIDE | ![]() |
![]() |
![]() |
Silent en conquête
Prêts à larguer les amarres ? Laissez-vous embarquer par le groupe Starboard Silent Side et son album “Because Our friendship was meant to sail” que nous résumions par une balade entre deux continents, un lié aux origines, l’autre à la musique d’adoption, l’americana mais pas uniquement. Et pour en savoir plus, nous sommes donc allés à la rencontre de Steph et Mij, auteurs, compositeurs et grands voyageurs pour une interview passionnante sur les débuts d’un groupe multiculturel qui laisse définitivement une aura particulière sur une scène musicale française étouffante, peu encline au grand air. A tribord toute pour un entretien oxygénant!
C.A.’S : comment vous êtes-vous rencontrés ? Et de quelle façon les autres membres ont rejoint votre formation ?
Mij : moi c’est Mij, lui c’est Steph, je suis à la guitare sèche et au chant, lui est à la guitare électrique. On a commencé à Amsterdam, il y a environ 15 ans. On n’était pas au bahut ensemble mais on avait des amis en commun, nous trainions ensemble et faisions de temps en temps de la musique, comme ça autour d’une piscine l’été, autour de grillades. Et puis Steph est parti en Hollande parce qu’à l’époque il avait une petite amie qui vivait là-bas. Moi j’y suis allé pour le travail. Et puis on s’est retrouvés à faire des bœufs dans ma chambre et on s’est dit pourquoi pas faire réellement de la musique ensemble. On avait des compos, des textes et puis voila on a commencé comme ça. Après on a bougé sur Paris et puis on a intégré trois autres membres dont Nico qui était en cours avec moi. On est originaire du Sud-est. Ma mère est suédoise. Nico est suisse. Steph est d’origine italienne. Le violoniste est belge. On a tous des origines diverses mais on a tous grandi dans le Sud-est.
C.A.’S. : avez-vous joué dans d’autres groupes avant Starboard Silent Side ?
Mij : moi non.
Steph : moi j’ai eu plein de groupes avant. Aux Pays-Bas, en France et ça partait du Hardcore jusqu’au jazz funk en passant par le ska, le punk etc. Mais c’est quand j’ai rencontré Mij que j’ai vraiment pu m’épanouir musicalement.
Mij : Buni (au violon) a joué dans plusieurs groupes aussi, notamment DAAU ec Narrow Terence.
Steph : il a aussi participé à des projets comme Ez3kiel, Sparklehorse et à des Side Projects avec des musiciens de dEUS, Zita Swoon. Il a un gros background.
C.A.’S. : comment est arrivé l’album. Quel a été l’élément déclencheur ?
Mij : il y a eu un concert auquel un certain Yannick était présent. C’est un ancien collègue de notre manager qui voulait monter un label et qui cherchait des groupes à signer. Il a été séduit et il a voulu nous signer. Six mois plus tard, on partait enregistrer aux Etats-Unis parce que ça faisait partie du contrat.
C.A.’S. : c’était justement là où je voulais en venir, pourquoi avoir enregistré aux Etats-Unis ?
Steph : pour plusieurs raisons. Tout d’abord pour des raisons économiques et puis le réalisateur de l’album habitait au Canada. Avant d’enregistrer l’album, on a suggéré à Yannick plusieurs sons plusieurs groupes pour lui donner une idée du son qu’on voulait avoir, un peu du genre Sixteen Horsepower ou Nick Cave. Yannick nous a donc cités le nom de Bruno Green qui a travaillé avec ces gens là. On l’a contacté et il nous a proposés de venir enregistrer aux Etats-Unis.
C.A.’S. : qui écrit et compose ?
Mij : c’est surtout nous deux qui composons. Nous amenons l’ossature et j’écris les textes. Ensuite les autres viennent ajouter leur touche, les arrangements etc.
C.A.’S. : l’album est sorti principalement en France et de nombreuses dates de concert sont prévues, mais avez-vous prévu de tourner ailleurs ?
Mij : on aimerait tourner dans des pays anglophones. Notre musique serait peut-être plus adaptée vu qu’on chante en anglais et que les textes sont assez mis en avant, c’est beaucoup de storytelling. Le public serait peut être plus réceptif qu’en France où les gens ne prêtent pas vraiment attention aux paroles.
Steph : à ce sujet, statistiquement, il y a près de 60 % des gens qui écoutent notre myspace qui habitent aux Etats-Unis. Et seulement 28 % en France. C’est assez bluffant !
C.A.’S. : ce n’est pas vraiment étonnant, vu que c’est un style de musique qui se fait beaucoup en ce moment aux Etats-Unis, notamment du côté de Portland…
Steph : oui Portland, c’est une scène qu’on adore !
Mij : exactement ! Portland, Seattle aussi, ce sont les coins aux Etats-Unis qui nous font vibrer avec des groupes comme Modest Mouse, The Decemberists, Blitzen Trapper, Two Galants aussi, ce sont des groupes qui sont signés sur le label Saddle Creek.
C.A.’S. : est-ce que l’album verra le jour aux Etats-Unis ?
Mij : nous on avait presque envie qu’il sorte aux Etats-Unis et pas en France (rire)
Steph : on est quand même très contents. Je ne vais pas utiliser le mot frustration, parce que le mot est un peu fort et puis il y a quand même pas mal de choses qui se passe en France en ce qui concerne notre style de musique. Mais par rapport aux textes qu’écrit Mij il y a probablement une bonne partie des gens qui ne doivent pas les comprendre ce qu’il dit alors que c’est quand même à la base du projet. C’est-à-dire que les textes sont aussi importants que la musique et la voix est constamment mise en avant. Et les bons retours que l’on a par rapport aux textes, c’est surtout de la part de personnes anglophones. Après, on va pas refaire le monde. Il est vrai que c’est pas vraiment dans la culture française de bien connaître une langue étrangère. C’est pour cela que notre musique pourrait bien s’exporter à l’étranger.
C.A.’S. : On va revenir sur les textes, mais d’abord pourriez-vous être plus explicites sur votre image de nomades troubadours que vous cultivez sur votre myspace, entre autres. Est-ce la réalité ou est-ce plutôt un décor qui sert votre musique ?
Mij : ca part de fait réel parce que oui on a tous voyagé, on s’est rencontrés à Amsterdam, on a tous des origines diverses. Buni, notre violoniste, c’est clairement un vagabond, même nous on a du mal à le saisir. C’est quelqu’un qui est toujours à droite à gauche, totalement imprévisible. On a tous un peu ça dans l’âme. On est tous partis très vite de chez nos parents. Après c’est clair que c’est toujours un peu scénarisé et ça reprend aussi un peu les textes.
C.A.’S. : Oui, le voyage semble être votre source principale d’inspiration…
Mij : c’est une thématique majeure dans les textes, c’est sûr, car ils sont tous articulés autour d’une relation à distance, deux personnes qui ne vivent pas sur le même continent. Tout part de là.
Steph : de notre côté, on a aussi pas mal la bougeotte. Ça fait quatre ans qu’on est revenu en France, mais le projet, c’est de repartir. Si demain on a l’occasion de partir au Canada ou aux Etats-Unis, on partira, autant pour la musique que pour l’envie pure et simple de découvrir d’autres endroits. Nous on ne rêve que de ça, de pouvoir prendre nos grattes et de partir 6 mois aux Etats-Unis, 6 mois au Canada, voir ce qui se passe là-bas avec notre musique.
C.A.’S. : Il semblerait que le nom du groupe s’inspire aussi de la thématique du voyage…
Mij : alors le nom du groupe c’est parti du mot « Starboard » que j’ai croisé dans un texte et qui m’a paru beau déjà esthétiquement. J’en ai fait ma propre interprétation, pensant que ça voulait dire simplement « planche d’étoiles » et en fait j’ai vérifié ça veut dire « tribord ». J’ai donc voulu savoir comment on disait le contraire « to port », du côté du port, là où il y a les gens, la vie et l’inverse de tout ça devient Starboard Silent Side, avec l’allitération en S.
Steph : il y a aussi un jeu de mot avec le nom de l’album « Because our friendship was meant to sail », friend-ship, ship comme le bateau
C.A.’S. : Justement on croit percevoir toujours cette référence à la mer, est-ce juste une série de jeu de mots ou réellement un élément auquel vous êtes attachés ?
Steph : ce n’est pas forcément un élément qu’on a voulu mettre en avant mais il se retrouve là et finalement c’est très bien. Involontairement notre goût pour le voyage s’entend un peu partout dans notre musique.
Mij : on pense que la terre promise n’est pas ici. Elle est ailleurs et on est à sa recherche. Et avec cette musique on essaie de trouver cet endroit qui nous correspond. Pour l’instant on le cherche encore.
Steph : ça ne signifie pas qu’on n’est pas bien en France mais pour être honnête, je crois qu’on subit un peu le fait d’être sur Paris et d’être un peu à contre courant de tout ce qui se fait en ce moment
Mij : on ne porte pas de slims ni de mèches (rire)…
Steph : c’est pas faux mais c’est aussi par rapport aux groupes qu’on écoute. Quand ils viennent en Europe, ils se produisent beaucoup dans le Nord, ils vont faire une dizaine de dates en Grande-Bretagne et une date en France, à Paris. C’est pas forcément négatif, mais je crois qu’il faut se rendre à l’évidence qu’en France il n’y a pas une culture Rock. Par exemple, ici à la Maroquinerie je suis venu voir The Decemberists ou les Melvins et ce sont des mecs qui ailleurs remplissent des salles comme l’Elysée Montmartre.
Bon après c’est vrai que depuis quelques années avec des groupes comme Cocoon, Moriarty ou encore The Do, il y a des portes qui se sont ouvertes. Même si on fait pas la même musique qu’eux.
C.A.’S. : On retrouve tout de même un petit quelque chose de Moriarty dans votre musique et notamment dans la voix…
Mij : Pour la petite anecdote, c’est un groupe qu’on a vu jouer en première partie d’amis à nous, il y a trois ou quatre ans, à la Guinguette Pirate devant sept personnes environ et on s’est dit, ça c’est vraiment bien. Et six mois plus tard, il y avait 500 000 écoutes sur leur Myspace et une tournée phénoménale. Ca nous fait plaisir d’être comparé à Moriarty, ils méritent vraiment tout ce qui leur arrive parce que je trouve que c’est vraiment l’un des groupes français qui fait la différence. Et même si notre musique est différente on doit probablement écouter les mêmes choses.
C.A.’S. : Justement à part le voyage, quels sont les autres thèmes, les musiques et artistes qui vous inspirent ?
Mij : moi en ce moment c’est vraiment Patrick Watson qui me tue. Je suis époustouflé par son travail. Sinon je m’inspire beaucoup de la littérature américaine et anglophone, Steinbeck, Hemingway. Un cinéaste comme Jim Jarmush me parle énormément aussi.
Steph : après musicalement, on a les mêmes bases, de Bob Dylan à Neil Young en passant par les Beatles, et ça peut aller aussi du côté de Tom Waits, de Nick Cave, la scène de Seattle…
Mij : et toute l’épopée Grunge…
Steph : oui de Pearl Jam à Nirvana, c’est ce qui nous a bercé quand on était ados. Eddie Vedder aussi, c’est l’une des personnes qui nous ont le plus influencés. Plus récemment on écoute, aussi Mars Volta, les Yeah, Yeah Yeahs qu’on respecte énormément.
C.A.’S. : vous semblez suivre l’actualité musicale, ce qui n’est pas forcément le cas justement des artistes en provenance de Portland par exemple…
Mij : ah oui à fond, je vais voir très régulièrement des concerts.
Steph : bon par contre tout ce qu’on cite ce n’est absolument pas français. Ce sont tous des artistes américains et d’ailleurs il y a aussi la scène new-yorkaise qu’on suit pas mal avec les Nationals, The Workman, ça c’est très très bon. En Angleterre et dans le reste du Nord de l’Europe il y aussi pas mal de groupes que l’on apprécie beaucoup. Radiohead par exemple, dEUS pour la scène belge. Après en grattant bien on peut sortir les Têtes Raides ou Noir Désir pour la scène française, mais ça reste une minorité.
Mij : en tout cas on se renseigne, on ne se déconnecte pas notamment des influences qui nous sont assez proches. J’ai été voir Laura Veirs entre autres la semaine dernière, c’est super! A ce propos il y avait un groupe en première partie qui s’appelle Cataldo, c’était sublime.
Steph : il y a de très bons groupes en France, qui mérite d’être connus comme H-Burns, mais bon encore une fois au niveau de la culture rock indé, à part quelques labels qui prennent des risques, ça reste dur.
C.A.’S. : Qu’est-ce que vous nous conseilleriez d’écouter ?
Steph : en ce moment j’écoute un album de Sonic Youth « Dirty », et « Antics » de Interpol. Sinon je peux conseiller Modest Mouse mais bon c’est un peu particulier ou bien encore Mars Volta, c’est vraiment le groupe qui m’a fait le plus planer ces dernières années.
Mij : moi je conseille Patrick Watson et leur album « Wooden Arms ». Je les ai vus à la Cigale, puis à la Maroquinerie récemment, c’est fantastique!
Propos recueillis par Carole Montilla Salas
à la Maroquinerie, à Paris, le 06.02.2010
Starboard Silent Side – “Because our frienship was meant to sail”
disponible en France, en Belgique et en Suisse
Mar.07, 2010
STARBOARD SILENT SIDE - Because Our Friendship Was Meant To Sail
(YY label / Discograph) [site] - acheter ce disque
Alors que le groupe multinational (suédois, belge, et français) entame une tournée qui promet d’en séduire plus d’un (les dates sont dans l’agenda de POPnews), il est temps de parler de son premier album, paru en 2009.
C’est d’abord le titre légèrement désespéré qui intrigue. Ensuite, la présence de l’excellent Bruno Green à la production qui rassure. Dans la myriade des groupes folk-rock (il y a 10 ans, on parlait d’alt-Americana) qui a poussé ces derniers temps, les Starboard Silent Side se taillent une place de choix.
Leur répertoire évoque (de loin) les Violent Femmes, dans ses passages folk enlevés, on pense à Calexico et dans ses recoins plus intimistes, c’est de Woven Hand qu’il s’agit. Mais le groupe est sauvé du plagiat imbécile et scolaire par l’expressivité de la voix du chanteur (qui n’est pas très loin des tonalités amères douces d’André Herman Düne - un autre Suédois justement - dans ses bons jours) et par une section rythmique attentive, précise et jamais ostentatoire qui soutient du bout des baguettes et de la contrebasse des violonades mélancoliques et des guitares décisives. Sur des bases désormais classiques et bien établies, le groupe se distingue par une exécution parfaitement maîtrisée. Humbles et honnêtes, les chansons du groupe ne font pas dans l’esbroufe ou dans l’épate, préférant les conversations musicales intimes et passionnées. La production somptueuse de Bruno Green contribue à cette atmosphère si particulière, classieuse et authentique. Ça ne rigole pas forcément tous les jours chez Starboard Silent Side, mais la musique est élégante et séduisante. Ce premier album, qui constitue donc le second succès du label YY après le très bon album de Xavier Plumas devrait légitimement leur valoir de nombreux fans.
Gildas
Alabaster
You Need Verses My Galak Sea
In A Den
Little Red Plastic Crab
4 Letter Word
Runaway Clay
Wrong Folded Map
Light the Choir
Stalagmites
Dwayne
Reminiscence
http://www.popnews.com/popnews/starboard-silent-side-because-our-friendship-was-meant-to-sail/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+PopnewsLesArticles+%28POPnews+%3A+les+articles%29
Feb.12, 2010
Jan.04, 2010
Starboard Silent Side "Because Our Friendship Was Meant to Sail" (yylabel, 2009)

A joy of an album.
There is an instant of doubt and trepidation as the CD is readied to be played for the first time as the album arrives wrapped in a sleeve adorned with some of the most pretentious and hyperbolic sleeve notes I’ve ever had the pleasure to read. All trepidation is wiped away as the songs unfold, the album’s content is a beautiful, sparse, understated collection of observations of life - tiny vignettes so carefully drawn that you vicariously experience them as the words gently purr into your ear. I have the scene perfectly in my mind as Mij (three of the band only have first names) sings the tale of a day: joking with friends in broken French, doing the laundry, finding a little red plastic crab in his jean’s back pocket and realising it is a symbol of a love that had never been fully declared. The band support this fragility on delicate acoustic guitar, softly brushed drums, glockenspiel and aching violin.
If they remind me of any other band, and comparisons are not always precise, it is 10,000 maniacs. There is the same slightly jazzy folk ethos that doesn’t pretend to have never heard of rock music, like Simon and Garfunkel without the folk-rock make over. Poetic lyrics that insist you linger over them, listen and listen again.
Mentally stimulating - perspectives are played with in Runaway Clay - a figure drags himself through a burning environment as vultures circle overhead, and once we are emotionally involved with him he is revealed as a fugitive from justice, but is he a wrongly accused "Dr Kimble" like Fugitive or are the repulsive and violent lynch mob pursuing him actually in the right - is he as guilty as they beleive him to be, and if so is he really the embodiment of evil ? Questions. No direct answers here.
Light The Choir is a little more transparent in it’s dissection of love coupled with desire, both the desire to be emotionally loved and also a hot urgent passion "rub your flesh / against my flesh / I swear we’ll set ourselves on fire" can’t help but call to mind all those times you’ve felt this defining human moment yourself.
There’s a touch of The Decemberists about Dwayne, a long ballad tale of a man with two sides to his nature - on the one side a dedicated Father and hard working farmer, on the other a man who see’s that a life of sensuality may be preferable to early mornings with the cows in the milking shed. He tries living life as a part time rake and inevitably it comes to a bad end - it’s a stand out song on an album of stand out songs.
This is a text book example of quiet majesty, a truly impressive album. To quote from In A Den "Don’t think I exaggerate / when I say the moment is sublime". It’s soothing, without being dull, gentle without being bland, intellectual without being pretentious, and emotional without restraint.
Date review added: Wednesday, December 23, 2009
Reviewer: Jonathan Aird
Reviewers Rating: 
Related web link: Band MySpace
http://www.americana-uk.com/auk/modules.php?op=modload&name=Reviews&file=index&req=showcontent&id=5150
Jan.02, 2010
Un album grandiose à découvrir en toute urgence, vous allez tomber des nues en entendant cette voix sortie directement du ciel dans ces moments les plus cléments. Une voix qui ne peut que vous emporter vers cet univers dans lequel on baigne lorsque l’on écoute Because our friendship was meant to, des univers se télescopent et on se demande d’où vient ce groupe, de quel planète mystérieuse il est issu, où restait-il caché jusqu’alors ?
Il y a quelques choses de cosmique dans cette musique de starboard silent side qui vous ravira et des accents folk subtils à découvrir. Le monde alentour s’estompe et vous plonger dans ces paroles, cette musique et le dehors n’existe pour ainsi dire plus. Laissez vous absorber par ces superbes morceaux que sont Alabaster, You need verses my galak sea, In a den, le violon est là pour vous permettre de suivre cette ligne directrice. Vous pouvez vous laissez allé et être « dizzy » jusqu’à ce que vous voyez le « Little red plastic crab ». Mavro mania a des accents d’Irlande ou d’écosse, d’espace et de beauté naturelle… le violon reprend de plus belle avec Little choir et puis vous l’aurez bien compris, il suffit de démarrer pour l’écoute pour se laisser porter par la musique.
Alors, plus la peine d’hésiter, rendez-vous sur Spotify (toujours…) et puis sur leur espace My space aussi… et lisez également la très chouette critique sur le Mag Indie Rock.
blog.com/article-because-our-friendship-was-meant-to-sail-par-starboard-silent-side-8-5-10–39689050.html